Ecosystème
Topographie
Les cicatrices d’un passé encore frais
Avant de parcourir en détail les régions de la Cordillère des Monts Émeraude, il faut revenir sur l’événement récent qui a redéfini ses paysages : les 5 Purgat. Au deuxième jour de cette semaine d’apocalypse, de la Flaquemonde déchaînée partit un Tsunami de taille à affronter les Montagnes. Parcourant plusieurs milliers de kilomètres, il vint raboter la Cordillère de l’ancien temps, brisant et emportant avec lui des fragments des massifs qu’il détruisait à mesure qu’il se rapprochait de ce qu’on appelle dorénavant les Havrecimes. La force de la vague ne vint finalement pas à bout de la Cordillère mais elle abandonna de nombreuses traces de ses méfaits. La mémoire des 5 Purgat est encore vivace, et tous parmi les Raknariens savent raconter l’histoire de la montagne, tous voient les cicatrices que le relief exhibe encore.
les Havrecimes
Cette région est parcourue de sources chaudes souterraines qui par endroits fracturent la roche d’où s’échappent une fumerolle ou un geyser bouillonnant : le rugissement interrompt un instant la relative quiétude des environs. Pour cette raison et depuis plusieurs générations, les locaux usent moins du titre Havrecimes, et lui préfèrent plus spontanément le surnom de Mahon-Furieux, l’Esprit qu’ils associent à l’agitation des sous-sols. Gardien de la Cordillère, il sommeille en ses tréfonds, et seuls ses ronflements parviennent à la surface, créant les geysers qui parsèment la région. Tout Raknarien sait l’importance de son sommeil, et le péril qu’il risque à voir sa colère se réveiller. L’Enclume, le glacier qui trône sur les plus hauts sommets des Havrecimes incarne à merveille ce danger latent.
Cette source de chaleur et d’irrigation confère à la contrée une abondance normalement rendue impossible par l’altitude : selon la proximité des points chauds, la roche à nue et la neige laissent la place aux denses forêts et à une nature riche et fertile. Les Monts Émeraude ne s’appellent pas ainsi pour rien.
Les Havrecimes abritent en leur cœur Les Eaux-Fourneaux, la Capitale des Raknariens. Une seule route sait trouver son chemin parmi les cols et permet au voyageur vigoureux d’atteindre la cité, moyennant quelques milles de dénivelé à encaisser. Mis à part cette voie vers la Capitale, le cœur des Havrecimes reste une zone très escarpée accessible aux initiés uniquement. Elle propose nombre de défis et de dangers : entre l’alpinisme, la chasse aux Kuntak et les champs de geysers et de fumerolles, les aventuriers audacieux auront leurs lots de défis.
L’Est des Havrecimes présente une bande longitudinale de plateau montagneux, la Passe des 3 Griffes, large d’environ une dizaine de kilomètres et bornée à l’Est par une ligne de crête, un rempart de roches entassées haut de 2000m. Le territoire est jonché de nombreux blocs massifs de pierres, et par 3 fois interrompu par de curieuses murailles de roche nue hautes de plusieurs centaines de mètres, tranchant le paysage d’Est en Ouest : les 3 Griffes. On pourrait y voir là 3 sommets qu’on aurait laissés s’effondrer, tels des arbres sous les coups de hache d’un bûcheron. Et pour cause ! Le tsunami qui ravagea la région s’arrêta ici, contre la Passe, y compressant toute la roche qu’il charriait. Il forma cette paroi de roche fracturée et instable, et déposa là les 3 massifs qu’il avait déracinés plus tôt, les laissant choir sur place. Ces barrières interrompent autant de fois le paysage, tracent 3 lignes parallèles, 3 obstacles abrupts qui contrarient le passage Nord-Sud de cette partie des Havrecimes. Circonscrit à l’Ouest par Mahon-Furieux et à l’Est par une muraille de roches, ce large défilé laisse place à une plongée brutale de deux milles en contrebas vers les Greniers de Clémence.
Les Coriaces et les Greniers de Clémence
Les 2 Coriaces, deux longues chaînes de montagnes traçant un axe Est-Ouest sur 2 latitudes distinctes, enclavent les Greniers de Clémence, cette immense étendue de plaine basse continuellement irriguée par les eaux de montagnes.
L’attaque du colossal léviathan contre la montagne resta contenu entre ces 2 reliefs, il creusa dans son ressac la plaine nouvellement aplanie des Greniers de Clémence et y déposa quelques mastodontes de roche taillés par la puissance de l’eau qui finit par les abandonner.
Les Coriaces
Le cataclysme a raboté, fracturé et déplacé d’immenses volumes de roche. Une part considérable des matériaux transportés s’est accumulée contre les faces des Coriaces tournées vers les Greniers, formant deux escarpements majeurs de près de 2000m d’altitude : la face sud de la Coriace Cuivre et la face nord de la Coriace Verte. Ces murailles de pierre sont régulièrement interrompues par des gorges et vallées encaissées desquelles s’écoulent des rivières et torrents : les voyageurs y trouvent des chemins praticables pour descendre dans la vallée. Au risque de parfois se faire surprendre par les crues soudaines d’eaux de montagne gonflées par les pluies ou les fontes.
Le versant opposé, modeste et sage en comparaison, finit de former pour chaque Coriace un ensemble qui ceinture un vaste plateau de quelques 150km de large, accueillant des routes, cités et villes, des scieries, pâturages, carrières, dans un paysage chahuté. Après s’être arrêté aux portes des plus hauts sommets, le raz-de-marée rebroussa chemin. La majeure partie lessiva la plaine, mais cela n’empêcha pas des colonnes d’eau de s’engouffrer dans chaque massif montagneux, ravageant l’intérieur de chaque Coriace sur son passage. Passé ces similitudes d’ordre très général, chacune offre à voir un paysage unique, qui raconte un tumulte différent, et qui structure le territoire selon des règles propres.
Coriace Cuivre
La Coriace Cuivre, voisine de Sombrefosse et donc près des Briserêves, subit l’influence froide de la Verse. Son climat reste cependant très contrasté : sa partie occidentale, proche des Havrecimes, profite fortement de la géothermie régionale qui tempère le froid du Nord. Cette influence décroît à mesure que l’on avance vers l’Est. Il en résulte un fort gradient climatique le long de la chaîne, qui aboutit à son extrémité sur des terres sèches de glaciers et lacs gelés qui fondent à la venue de l’Aplomb.
Au ressac du tsunami, la végétation le plus souvent pauvre de la Cuivre a favorisé le lessivage et le décapage du plateau. Les couches profondes ont été mises à nu, donnant à la région ses couleurs ocres, rouges et ferrugineuses. Toute la matière arrachée s’est fragmentée sur le chemin, laissant de nombreux blocs isolés et des champs de débris, d’autant plus que l’on pousse jusqu’à la pointe Est.
Les percées amenant vers les Greniers témoignent de l’érosion enragée très rapidement infligée par des volumes d’eau fracturant les faiblesses de la muraille. Parois abruptes localement polies ou concaves, sections en amphithéâtre, fonds profondément encaissés : les gorges que l’on s’attend habituellement à trouver laissent parfois place à de vastes canyons.
Les sommets les plus élevés et orientaux peuvent recueillir une masse de neige et glace suffisante pour gonfler les torrents pendant les périodes de fonte : des crues puissantes mais intermittentes se ruent alors vers les Greniers de Clémence. La Cuivre apporte aux plaines un déluge saisonnier chargé d’importantes charges sédimentaires.
À l’extrémité de la chaîne se trouve un grand lac qui échappe au gel malgré le froid qui soumet la région. Rabotant la Cuivre, ce même ressac s’y est retrouvé en partie piégé, tourbillonnant dans une dépression naturelle qu’il transforma en immense calice de roche, et condamnant par là même de possibles voies de sortie par un barrage d’éboulements et de sédiments. Ce bassin d’eau salée a commencé à s’adoucir durant les cinq siècles de pluie, neige et ruissellement qui ont suivi. Il continue d’alimenter des berges saumâtres, des prés salés et autres écosystèmes halophiles, on y profite d’une couche épaisse de sédiments marins, et d’espèces relictuelles uniques, originaires de la Flaquemonde mais que l’isolation et le lent adoucissement ont fait évoluer.
Coriace Verte
La Coriace Verte, plus éloignée des Briserêves, bénéficie d’un climat plus favorable : un dense couvert végétal la protégeait le jour du tsunami. Les sols plus épais et retenus par les nombreuses racines de la flore ont davantage résisté à l’arrachement. De grands volumes de roche se sont retrouvés captifs de cette végétation. Des blocs de dizaines de mètres, des amas rocheux et des bourrelets de débris : des pans entiers de relief sont devenus les hôtes accidentel d’une galerie colossale.
Ces squatteurs allochtones parsèment le paysage, offrant parfois des ressources minérales brutes mises à nu. Une exploitation minière à ciel ouvert s’est vite engagée : de tels pans fracturés peuvent contenir fer, cuivre, gemmes ou autres matériaux, parfois recouverts d’une épaisse couverture végétale à déloger : la nature n’a pas attendu.
Sans être marécageuse, la Coriace Verte est une éponge hydrologique, un massif retenant quantité d’eau dans ses sols. On y trouve des forêts humides et quelques marais d’altitude, des prairies montagnardes et de petits lacs, des ruisseaux et des résurgences irriguant sans interruption les régions alentours : en bref, un territoire humide et à la végétation dense, sillonné de fissures, petites grottes et conduis souterrains creusés par les eaux. Ces espaces offrent naturellement des caches et refuges, des voies dérobées et des lieux d’exploration.
Les Greniers de Clémence
Inondée par les crues saisonnières de la Cuivre et les dégorgements réguliers de la Verte et des Havrecimes, cette immense vallée rassemble des plaines alluviales, prairies humides, marais, tourbières et lagunes : autant de terres arables et pâturages potentiels ou exploités, marqués par une forte teneur en sel qui influence la faune et la flore des lieux.
La machine agronomique Raknarienne s’évertue à assécher et dompter ce territoire aux cours d’eau toujours changeants, entreprise d’autant plus ardue que l’on se rapproche du delta connecté à la Flaquemonde. Toute la maîtrise de ses bâtisseurs hydrauliques y est testée, sans cesse mise au défi : digues, canaux, drainages et régulations des crues sont indispensables pour optimiser l’exploitation de ces terres.
L’harmonie des Greniers de Clémence est brisée à quelques endroits par de titanesques monolithes qu’on croirait abandonnés là par un géant lassé de traîner son fardeau. Les 4 plus massifs d’entre eux sont aujourd’hui nommés les 4 Pieux.
Faune & Flore
La grande vague qui ravagea la Cordillère lors des 5 Purgat a profondément influencé les terres du Raknarak, y apportant de nombreux engrais naturels qui ont fertilisé les sols, avec son lot de sel marin. Cette terre a permis à une végétation particulière de se développer, adaptée à cette teneur en sel trop agressive pour la flore habituellement présente. Après des premiers siècles difficiles, les Raknariens ont su tirer profit de leurs sols et pleinement les valoriser. La faune n’est pas en reste, et les élevages de bétails sont reconnus pour leur saveur unique dans tout le Creuset. Les Havrecimes, plus en hauteur, ont profité de cette minéralité unique au monde pour laisser s’épanouir une espèce d’arbre endémique : le Salicorme. Tirant profit du sel saturant les sols de certains endroits, cet arbre réussit à absorber et intégrer le minéral à ses fibres, lui conférant des propriétés de résistance hors du commun, ainsi qu’une apparente brillance qu’aucune autre essence de bois ne saurait offrir.
Kuntak :
Cette espèce sauvage endémique parcourt les falaises et les grottes des Havrecimes. Nichés dans les anfractuosités des falaises en petits groupes familiaux, ils chassent parmi les parois, cherchant des œufs ou des proies faciles, et profitent des courants ascendants créés par les sources chaudes pour planer dans les Havrecimes.
Petit, cet animal ressemble grossièrement à un écureuil volant, à ceci près qu’il profite de 6 membres. Mais s’il atteint l’âge adulte, il peut alors mesurer jusque 3 mètres de haut. Les plus vieux et lourds d’entre eux ne sont plus capables de voler et s’installent dans les grottes des Montagnes, chassant alors des proies plus conséquentes, au sein des galeries qui parcourent les Havrecimes.
Son anatomie est sans surprise adaptée à son mode de vie : 3 paires de pattes aux fonctions distinctes pour en faire le roi des Havrecimes :
- les membre inférieurs présentent une rangée de 4 griffes épaisses et légèrement recourbées pour s’accrocher à la roche, en particulier les 2 griffes extérieures, sensiblement plus grandes et pointues
- les pattes centrales présentent des mains préhensiles à 4 doigts, armées de griffes plus fines au service d’une dextérité accrue
- les membres supérieurs finissent sur de grands crochets recourbés vers le sol, et garnis de petites pointes pour lui permettre de s’accrocher aux parois tel des piolets d’escalade
