Fondations

La mémoire du Creuset est déjà vieille, des civilisations avancées se sont succédé, naissant et se déployant pour ensuite s’effondrer et laisser la place aux suivants. Nulle chronique pourtant ne sait aujourd’hui remonter plus d’un millénaire en arrière, l’humanité a oublié ses racines et avance de nouveau à vue, armée de seulement quelques siècles d’histoire, d’erreurs et de vanité.

Leur passé récent saigne d’une balafre profondément inscrite dans les cultures du Creuset. Les 5 grandes Nations qui parcourent le monde portent encore les marques des Guerres de la Discorde, qui défigurèrent le monde durant plus de 60 années, fracturant la terre, déracinant les forêts pour faire tourner la machine de guerre. Ces conflits généralisés arrosèrent de sang le Creuset au point d’en déséquilibrer la Source, le tissus même de vitalité qui anime ce monde. Mais tout système brûle de retourner à l’équilibre. Les 5 Purgat, 5 jours d’apocalypse, convulsions d’une réalité au bord de la rupture, manquèrent d’anéantir toute vie. Tsunamis rasant des montagnes, séismes avalant le sol sur des centaines de kilomètres, éruptions crachant verre et métal en fusion. Frappés d’horreur et d’épouvante, et sous l’impulsion d’un homme devenu légende, Akhab-Kall, les rares survivants signèrent la Concorde du Creuset, actant la fin de tout acte guerrier et posant les bases d’un monde où l’équilibre ne devrait plus être rompu.

Les 5 Purgat marquent l’apparition de la Sourcellerie, origine de toutes les magies du Creuset, cette capacité à ressentir, canaliser et utiliser l’énergie de la Source, appelée Primeau. On ne sait pourquoi, depuis ce jour certains naissent avec ce don, des prédispositions à se connecter au tissu primal du Creuset. Ils prennent le nom de Sourciers, quelle que soit la forme que prend leur maîtrise. Certains utilisent ce talent à des fins ténébreuses, aspirant l’énergie vitale du monde qui les entoure : les Tarisseurs.

L’homme à l’initiative de la Concorde du Creuset fonda dans la foulée la première Académie de Sourcellerie du Creuset qui porte encore son nom : Akhab-Kall. Sa responsabilité : étudier et comprendre, trouver les Sourciers en herbe et les former, et prévenir le Creuset de tout nouveau Purgat.

Alors que l’homme se découvrait un nouveau pouvoir le connectant plus intimement à la Source, le monde se peupla de Bêtes-Esprits, forces de la Nature animées d’une vitalité augmentée, plus puissantes et intelligentes que le commun de la faune environnante. Plus puissants encore, les Primesprits marquent les environs de leur influence. Craints pour leur pouvoir supérieur, leurs capacités magiques ou bien une intelligence ou une fourberie remarquables, ils dominent des territoires qui prennent leur marque, et peuvent même entraîner des cultes locaux. Le Creuset est habité en dernier lieu par des êtres éternels, divinisés tant ils échappent à l’entendement : des Source-Esprits. Déifiés par les Crusitaires (habitants du Creuset), ils concentrent les échos d’innombrables volontés primordiales, des instincts ancrés à la Source, partagés par toutes les forces vitales qui parcourent le Creuset.

Par endroits, la Nature s’est donc faite plus forte, luxuriante, et exigeante. Depuis quelques siècles, l’homme n’est plus maître en son royaume, sa survie n’est plus garantie face à des forces qui le dépassent, et les civilisations qui renaissent à peine sont mises à mal par ce rapport de force inédit. Le pacifisme et l’humilité contrite nés des 5 Purgat sont maintenant mis au défi.

Les peuples du Creuset sont animistes. Chacun à leur manière, ils respectent, craignent ou vénèrent la Nature et les forces qui la composent. Chaque société du Creuset résulte d’un complexe mélange, construit d’une part sur les cicatrices que les Guerres de la Discorde leur ont laissées, et d’autre part sur les biomes dans lesquels ils ont élu domicile. Parmi eux, 5 grandes Nations se sont partagées le monde et fédèrent la majorité des peuples.

Les Raknariens ont jeté leur dévolu sur la Cordillère des Monts Émeraude, qui marque le Nord-Ouest du Creuset, un territoire montagneux exigeant, riche mais fragmenté, dont ils ont tiré une civilisation d’ingénieurs et d’artisans. Ils s’y sont dotés d’une organisation logistique et administrative redoutable, capable de relier et d’unifier des terres isolées. Peuple besogneux, élitiste et égalitaire, leur unité se maintient au prix d’une coercition insidieuse et normative, encadrée par des rites et des croyances profondément ancrés. Méfiants envers la magie qu’ils tolèrent sans jamais l’accepter pleinement, et ayant délaissé l’épée au profit du commerce, ils se trouvent aujourd’hui fragilisés par un monde devenu instable, qui met à mal leurs équilibres et fissure leur union.

La Flaquemonde, l’océan qui recouvre tout le Nord-Est du Creuset, est le terrain de jeu des Phareols. Navigateurs impétueux, ils se sont découvert un goût pour l’aventure et l’exploration dans cette mer tumultueuse, peuplée de volcans et de léviathans. Curieux et audacieux, les Phareols n’ont que peu d’égard pour la couardise, la sécurité et la sédentarité excessive : ils protègent résolument leur liberté.

Au centre même du Creuset, au plus loin de l’ombre des Briserêves, pousse le Nangala, une forêt équatoriale immense et luxuriante, mais où le danger est partout. Structurés en tribus, les Japananka parviennent à tirer le meilleur de cette abondante hostilité, aidés par une culture où l’union prime, où les rites protègent et arbitrent, et la connaissance de la forêt désigne ses leaders. Attentistes et rétifs au changement, ils peinent à s’adapter aux brusques mutations de ces dernières décennies.

Le peuple nomade des Cheemani s’est installé dans les Grandes Plaines de l’Ouest du Creuset, étendues de savanes et de canyons désertiques, à la terre pauvre et aux maigres ressources : chacun lutte pour survivre au dépend des autres, et le nombre peut devenir un risque. Au gré des migrations, les clans se déplacent et s’affrontent pour s’arroger des terres et des ressources. Le guerrier et le chasseur y sont révérés, dans une société viriliste voyant d’un mauvais œil toute sensibilité et méprisant la faiblesse physique.

Le désert de Oateb-Ankh occupe tout le Creuset méridional, uniquement dérangé du Nord au Sud par le fleuve Lin. Les Savin y profitent des crues du Lin pour prospérer au cœur de l’aridité. Jadis peuple des plus pieux, son isolement cultiva sa morgue, son opulence nourrissait son orgueil. Passé quelques siècles, ce progrès entraina un schisme : les derniers gardiens de la volonté originelle s’en allèrent constituer le peuple sans pays des Savin-Mei, laissant les fraichement nommés Savin-Shin poursuivre leur quête des secrets du Creuset.

Le reste du Creuset est parsemé de tribus mineures, d’ethnies secondaires, de regroupements limités par leurs situations souvent précaires : dans ce monde autrement plus sauvage, la lutte reste constante et la survie se gagne au prix fort.