Histoire

01 - Cosmogonie

L’univers au commencement n’est qu’une masse informe et uniforme d’énergie brute. Rien ne se distingue, et pourtant tout est en perpétuel mouvement. Le Temps est une notion creuse, chaque instant se ressemble. Un jour pourtant, une imperceptible inflexion, un point de désordre dans ce chaos homogène, une variation infime qui suffit à démarrer l’inexorable effondrement : la première respiration d’une force vitale à la rencontre de son destin. Cette matière brute et sans expression trouve ici un point d’accrétion : la perturbation se propage, et c’est bientôt l’Univers entier qui commence à tourner autour de ce qui en est devenu le centre. Le Vortex s’accélère alors, cette formidable accumulation réussit à déformer le tissus même de la réalité, creusant l’Univers qui l’instant d’avant n’était qu’une ligne infinie d’horizon : le Creuset prend forme. Et alors que l’énergie entière de l’Univers se déverse dans cette cuvette, la pente s’accentue sous le poids du Monde, finissant par former une muraille infinie, cascade circulaire ceinturant la totalité bouillonnante de matière en devenir. Enfermée dans le Creuset, cette force vitale irradie de toutes parts, prenant forme parmi le matériau auparavant indéterminé qu’était l’Univers : l’énergie devient matière, et la matière prend forme. Cette distribution est inégale, des courants se forment, des nœuds de pouvoir apparaissent, créant des régions luxuriantes et des déserts arides. Ultime manifestation de cette fureur primitive qui cherche à s’incarner, la vie apparaît, un point critique de concentration retenant en lui le temps d’une vie cet élan fondamental de mouvement et de transformation. Tout comme l’Ordre naquit d’un uniforme Chaos, l’Univers s’incarna dans la pluralité des âmes prenant vie.

02 - Histoire Récente

Ce monde étant fermé, délimité par ses bords infranchissables appelés Briserêves, les différentes factions majeures évitent la guerre totale : la Concorde du Creuset, actée il y a de cela 5 siècles, marque le début de l’ère actuelle, l’Ère de la Concorde.

Guerres de la Discorde :

L’époque la précédant s’est vu marquée par les Guerres de la Discorde, où les peuples d’alors se sont affrontés jusqu’à la folie, allant jusqu’à déforester la quasi-totalité des espaces boisés du Creuset pour leurs efforts de guerre, brûler les terres derrière eux en cas de retraite, et verser du sang et des vies par centaines de milliers en seulement quelques décennies, les dernières étant les plus furieuses.

Toutes ces vies brusquement passées à trépas ont déséquilibré la Source de Primeau qui parcourait le Creuset, entraînant un cataclysme à l’échelle du Monde entier, appelé plus tard la période des 5 Purgat. A l’endroit de l’actuelle Vitalis, une montagne a d’abord poussé en l’espace de quelques jours de tremblements titanesques, remodelant la carte du littoral en faisant s’effondrer des pans entiers de falaises, déferler des tsunamis ravageant les côtes, etc. La montagne alors formée s’est mise à cracher une lave très effusive, arrosant les terres alentours d’un feu liquide de toutes les couleurs, démarrant des incendies à de multiples endroits, aspirant la vie de ceux qu’il touchait dans certains lieux, faisant croître une végétation luxuriante à d’autres.

Après 5 jours d’apocalypse où plus personne ne pensait à la guerre, la montagne s’est alors effondrée sur elle-même dans une dernière convulsion, créant un abîme dans lequel s’engouffraient les fleuves et rivières avoisinantes, les terres alentours ayant été déformées, penchées vers ce cratère.

Concorde du Creuset :

Ce qu’il restait des civilisations s’est alors regroupé non loin de ce qui fut alors appelé la Fosse de Pénitence, au centre d’un champs de blocs refroidis d’un magma de toutes les couleurs, donnant à voir du verre de toutes les teintes. Ils s’accordèrent sans mal à arrêter là leurs guerres, tous trop abasourdis et brisés pour chercher querelle et manigances : la Concorde du Creuset fut promulguée. Et dans un Creuset en majeure partie dévasté chaque semblant de clan repartit vers les terres de son tempérament. Ce gouffre est devenu un symbole, miniature de leur propre monde enclavé, cicatrice mémorielle de sa quasi-extinction.

Naissance de la Sourcellerie :

De cette apocalypse est aussi née la Sourcellerie, origine de toutes les magies du Creuset, cette capacité à ressentir, canaliser et utiliser l’énergie de la Source, appelée Primeau. Cette énergie primordiale, force vitale qui est la source de toute volonté, irrigue le Creuset, conférant à la vie sa capacité d’agir. On ne sait pourquoi depuis ce jour certains naissent avec ce don, des prédispositions à se connecter à la source primale de toute vie. Ils sont alors étiquetés comme Sourciers, quelle que soit la forme que prend leur maîtrise. Certains utilisent ce talent à des fins ténébreuses, aspirant l’énergie vitale du monde qui les entoure : les Tarisseurs.

Fort de ce fait, l’homme à l’initiative de la Concorde du Creuset fonda dans la foulée l’unique Académie de Sourcellerie de ce monde et lui donna son nom : Akhab-Kall. Sa responsabilité : trouver les Sourciers en herbe et les former, pour protéger le Creuset contre tout nouveau Purgat.

03 - Secrets et Histoire Ancienne

Le Legs des Primalistes :

Les Sociétés contemporaines actent l’apparition de la Sourcellerie depuis les 5 Purgat, mais cette force naturelle existait bien avant que ces Nations guerrières ne déclenchent l’apocalypse. La Sourcellerie n’est pas nouvelle en ce monde. Des milliers d’années plus tôt, une ancienne civilisation aujourd’hui complètement oubliée, parcourait le Creuset. Les Primalistes, comme ils seraient nommés si l’histoire les avait sauvegardés, avaient une profonde compréhension de cette magie et avaient bâti des Cités grandioses grâce à leur maîtrise. Sensiblement proches des humains d’aujourd’hui, ils étaient pour autant sensiblement plus grands, beaucoup plus fins comme si leur corps ne disposait que de peu de muscles : la Sourcellerie qui infusait leurs veines suffisait pour réaliser leurs moindres volontés.

Ils découvrirent qu’à certains endroits la Source était influencée, contaminée par des volontés extérieures au Creuset. Aux abois face à cette prédation invisible venant d’univers hors de ce monde, ils durent gérer plusieurs crises, des Grands Esprits corrompus qui semaient le chaos et déséquilibraient l’harmonie. Certains d’entre eux en vinrent à une conclusion terrible et implacable : il fallait à tout prix empêcher ces mondes parallèles de perturber le Creuset, tout risquait de s’effondrer. Ils fallait les empêcher de détecter ce monde. Et pour cela, une seule solution existait : ils décidèrent un jour d’étouffer les vibrations de la Source en coupant ses émanations, greffant à plusieurs endroits du Creuset une espèce créée de toute pièce, un organisme végétal dont les éléments s’interconnectent pour former une pseudo-conscience collective, qu’ils nommèrent des Furtifs. Particulièrement sensible à la Primeau, cette forme de vie agit comme un canalisateur, un condensateur absorbant, régulant et diminuant l’intensité des courants de Primeau circulant à travers la Source et rayonnant dans le Creuset. De ce fait, la perception et l’utilisation de la Primeau devenait quasiment impossible.

Les Primalistes à l’initiative de ce Projet rencontrèrent évidemment de fortes oppositions, des conflits éclatèrent parmi eux et de nombreuses Bêtes-Esprits. Mais alors que les incidents se multipliaient, que les drames prenaient de l’ampleur et que le risque grandissait, l’union se fit majoritaire. Ils durent se confronter à de plus en plus de corruption tandis que la Source subissait les assauts répétés d’envahisseurs. Parmi les Grands Esprits encore indemnes, certains rejoignirent l’entreprise des Primalistes malgré que cela signerait leur fin : la survie du Creuset était en jeu.

Les guerres entre Primalistes, puis les affrontements contre plusieurs entités du Creuset avaient déjà laissés les survivants esseulés et fragiles. La suppression de la Primeau qui irradiait dans tous le Creuset, et sur laquelle ils avaient construit toute leur civilisation, finit de déliter leur peuple : ils étaient le dernier sacrifice nécessaire et consenti pour sauver leur monde. Quelques individus survécurent péniblement, réapprenant la vie sauvage et démunie, suffisamment néanmoins pour que l’espèce humaine perdure.

Quelques millénaires plus tard, des sociétés organisées s’étaient reconstruites, sans aucun souvenir de leurs origines. A peine quelques contes et légendes gardent encore une trace déformée de cette ère oubliée. Puis vinrent les Guerres de la Discorde. Tant de sang fut versé, tant de Primeau fut rendue à la Source en peu de temps que la surcharge créée brisa ce dispositif naturel de canalisation : les Furtifs ne pouvaient absorber si vite autant d’énergie, ils fragilisèrent et par endroits cédèrent sous le poids du torrent de Primeau qui les assaillait : en de nombreux endroits de la Source, ces inhibiteurs furent ébranlés, atrophiés, ou détruits. Toute cette Primeau hors de contrôle fit bouillir d’énergie le monde entier, déclenchant les 5 Purgat.

La Sourcellerie revint alors, mais sensiblement différente à la magie des premiers temps : moins intense qu’alors, d’intensité inégale selon les endroits (certains organismes régulateurs avaient tenu bon). Et les humains nouvellement confrontés à cette magie n’y étaient plus prédisposés, les siècles étaient passés et l’harmonie qu’ils avaient auparavant avec la Primeau s’était atrophiée.

Après quelques siècles, les Bêtes-Esprits réapparurent, redistribuant les cartes des rapports de force au sein du Creuset : les sociétés, brisées après les 5 Purgat et qui commençaient à peine à se reconstruire, se retrouvaient confrontées à une Nature qui retrouvait de sa superbe et rétablissait ses Champions, incarnations de ses diverses volontés.

Parmi les Source-Esprits qui incarnent dorénavant les instincts du Creuset, Akhab. Ce dernier, qui sous une apparence humaine inscrivit son nom dans l’histoire, est encore incomplet dans son essence personnificatrice. Figuration de l’harmonie avec la Source, il n’est qu’une volonté encore fragile, incertaine, alors que de nombreux furtifs sont encore en place.

Des échos déformés :

L’existence de la civilisation Primaliste est inconnue de tous, du moins du plus grand nombre. Leur souvenir est resté enterré sous 2 effondrements : celui de leur propre sacrifice, alors qu’ils asséchaient la Source même de leur prodigieuse vitalité ; puis aux 5 Purgat, alors que les sociétés qui leur succédèrent s’auto-détruisirent et que les ruines Primalistes finirent enfouies, avalées par le cataclysme. De ces temps glorieux de l’histoire humaine, il ne reste rien, ou presque.

D’abord quelques contes, chansons et rites qui portent aujourd’hui des traces déformées, peinture délavée et méconnaissable de l’histoire perdue, évoquant le sacrifice, l’étouffement de la Source, l’harmonie de cette époque révolue. Les quelques survivants de l’ère Primaliste transmirent leurs souvenirs de ces temps déchus aux embryons de civilisations qui renaissaient, cette parole orale se déformait alors qu’elle passait les générations.

Les civilisations d’alors, qui précipitèrent le Creuset dans l’horreur des 5 Purgat, se passionnaient plus pour la conquête et la fureur. Ca n’est que tardivement qu’ils se penchèrent sur cette mystérieuse civilisation, qu’ils tentèrent de questionner les quelques ruines déjà connues et encore vierges de tout pillage, interroger les vieux contes et annales des premiers temps. L’ère Primaliste se dévoilait à peine à leurs érudits que la frénésie des combats les précipitait vers l’anéantissement. Quelques écrits subsistent sûrement, perdus sous les siècles et les décombres.

Une seule organisation d’autorité a commencé à lever le voile du mystère : les plus hautes instances dirigeantes de l’Académie Akhab-Kall, appuyées des membres du Cercle Noir des Purgateurs, ont prudemment agrégé depuis près de 3 siècles suffisamment de traces, signes et indices pour suspecter l’existence d’une civilisation antique d’une Sourcellerie autrement plus puissante que les Nations actuelles, qui aurait affronté un péril tel qu’ils en succombèrent, entraînant avec eux une extinction de masse. Forts de ces fragments de mémoire, cette entité née pour empêcher un nouveau désastre s’est fatalement employée à les soustraire au monde, dépouillant quand ils en trouvaient les ruines de leurs pétroglyphes et de leurs écrits, pour les entreposer au plus profond de l’Académie. Les Purgateurs furent alourdis d’une mission supplémentaire : empêcher quiconque de découvrir ce même secret, et neutraliser ceux qui les devanceraient.

Mais depuis peu leur charge s’est faite plus hasardeuse, de nombreux témoins de ces temps anciens resurgissent : le retour des Bêtes-Esprits, en particulier de ses entités les plus éveillées, ramène les souvenirs de cette harmonie perdue entre les hommes et la Nature. De même que la Source n’est pas pleinement rétablie, cette mémoire primitive reste fragmentaire, ses réminiscences dispersées : rares sont les Primesprits dont la clairvoyance permet d’entrevoir ces moments révolus au travers des modulations et frémissements de la Source. Plus rares encore parmi eux frayent avec la race humaine. Mais peut-être existe-t-il quelque part quelque Primesprit animé d’une volonté farouche de résurgence de l’ancien temps, et de nature à convaincre ou assujettir des forces humaines au service d’un tel dessein …